Emmanuel LAURENS...un destin hors du commun.

  Emmanuel Laurens est né le 14 octobre 1873 à Agde. Ses parents, Saint Etienne et Agnès Laurens, bien implantés dans la région depuis plusieurs générations, ont fait profiter à leur fils d'un climat d'érudition du à la formation paternelle d'ingénieur. Ils eurent également une fille, Marguerite, de quatre ans la cadette d'Emmanuel, qui vécu toute sa vie aux côtés de son frère.


  Elève brillant dans toutes les disciplines, Emmanuel opte pour la médecine et s'inscrit à la Faculté de Montpellier. C'est au cours de ses études qu'il fait la connaissance d'un lointain cousin maternel, le Baron Emmanuel de Fontenay. Ce dernier éprouve à son égard une affection quasi-paternelle. A son décès, en 1896, on découvre plusieurs testaments, dont un fait d'Emmanuel son légataire universel. Versatile et méfiant, il avait ainsi rédigé au moins cinq testaments qui s'annulaient les uns les autres. L'affaire retentit jusqu'en Angleterre et fait l'objet de multiples publications dans les journaux de la France entière, d'autant plus que la fortune est immense et que le suspense est grand. Le tribunal tranchera en faveur d'Emmanuel Laurens qui, à 24 ans, se trouvera à la tête d'environ 20 millions de francs or.

 Il interrompt alors ses études de médecine et part voyager. Son éloignement n'est que de courte durée : à la suite du décès de son père, en décembre 1897, Emmanuel revient à Montpellier. Il hérite des biens paternels et notamment du domaine de Belle-Isle. Son rêve peut devenir réalité. Le château prendra corps en trois années au terme desquelles Emmanuel y vivra en compagnie de sa mère et de sa sœur Marguerite.


Emmanuel Laurens vers 1900   


     Louise Blot vers 1900

 Il choisit de vivre de ses rentes et de voyager à travers le monde. Accompagné de son cousin, il visite l'Egypte, l'Inde, Djibouti et Madagascar, chasse le tigre et le crocodile à Ceylan. Le plaisir de la navigation lui fait acheter plusieurs yachts avec lesquels il parcourt la Méditerranée. Divers pays d'Europe font également partie de ses étapes comme l'Autriche ou la Russie où il se rend volontiers entouré de personnalités en vue des arts et du spectacle. C'est d'ailleurs certainement au cours d'un déplacement qu'il fait la connaissance de la cantatrice Louise Blot avec laquelle il noue une relation passionnée. Il revient de ses lointaines pérégrinations abreuvé d'images merveilleuses et de sensations enivrantes. Alternant voyages et festivités, il transforme Belle-Isle en un lieu de rencontre mondain où s'organisent de somptueuses réceptions. De ses voyages en Asie, il conserve un goût prononcé pour la consommation d'opium et réserve d'ailleurs une pièce du château à cet effet.


 Cet homme brillant et passionné de culture était avant tout un être épris de modernité. Vivement intéressé par les sciences et les arts, il manifeste néanmoins une prédilection pour la physique et la médecine qu'il n'a de cesse d'étudier dans son laboratoire. Grand mélomane, il affectionne particulièrement la musique classique et les opéras qui fleurissent à l'époque. Il vit ainsi dans le faste et le luxe ne reculant devant aucune dépense pour confirmer sa qualité de vie.


 Après les folies vint le temps de la sagesse. Il reprend ses études de médecine vers 1914 pour les mener à terme en 1921. Toutefois il n'exercera jamais. A l'âge de 47 ans, il épouse Louise Blot qui avait alors 39 ans. Le couple n'eut cependant aucun enfant. Emmanuel fait toujours de grosses dépenses, et investit dans différentes entreprises notamment dans un grand projet d'assèchement d'étangs afin de les rendre propres à la culture. Sa situation financière qui va en se détériorant est désormais aggravée par l'argent dépensé pour ce projet. Il commence à se séparer de certains de ses biens, puis acculé, doit se résoudre à vendre le domaine en viager en 1938. Il se réserve alors l'usage de quelques pièces du château où il réside avec son épouse et sa sœur. Lorsque les Allemands envahissent la zone libre, en novembre 1942, ils occupent le château et l'utilisent comme casernement. Ainsi contraint, le couple Laurens doit cohabiter avec l'occupant.

 En comparaison du passé, les Laurens vivent sur une superficie assez réduite et dans des conditions plus que précaires. Ruiné et diminué, Emmanuel Laurens entre alors dans une totale dépendance à la drogue. Tandis que son épouse le quitte à jamais en 1954, Emmanuel Laurens s'éteint à Belle-Isle, le 5 octobre 1959, à l'âge de 86 ans. Sa sœur, Marguerite, qui avait été amenée à l'hospice d'Agde dès 1954, se retrouve seule et sans subsides. Errant dans la ville et pratiquant la mendicité, elle termine sa vie misérablement en 1967.


Emmanuel Laurens en 1946      

 
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